samedi 29 avril 2017

Visite des armoriaux des Ordres de Chevalerie du Danemark : l'Ordre de l'Éléphant #02

 📩  Les électeurs français vont être amenés à choisir le 7 mai prochain, tout en cachant pour la plupart, leur joie extrême, le (ou la) 25e président (e) de la République. J'ignore si l'un et l'autre des deux candidats possède un blason ou des armoiries, en dehors du symbole de leurs formations politiques respectives. Du reste, très peu de Présidents de la République française en ont eu : il faut remonter au XIXe siècle pour trouver 5 possesseurs d'armoiries, dont le tout premier: Louis-Napoléon Bonaparte, bien évidemment, avec l'aigle impériale héritée de son oncle (voir → ).
  Aux XXe et XXIe siècle, certaines sources attribuent des armoiries familiales à Charles de Gaulle ou à Valéry Giscard d'Estaing. Mais si certains généalogistes leur trouvent une légitimité, elles n'ont pas été revendiquées par les intéressés, quand la nécessité s'est manifestée pour le protocole, et la mise à jour de registres d'armes, par exemple avec les admissions des chefs d'état dans les Ordres des chevalerie de certains pays étrangers (Ordre du Séraphin en Suède, Ordre de l'Éléphant au Danemark, etc..). Ou bien peut-être qu'en tant que républicains, ils n'ont pas voulu transgresser les vieux principes révolutionnaires à propos de l'abolition des signes de la noblesse, ce qui aurait pu déplaire aux plus radicaux des électeurs. Seul, Nicolas Sarkozy qui a été fait chevalier de l'Ordre de la Toison d'Or en Espagne en 2011, semble avoir autorisé et fourni ses armoiries familiales, d'origine hongroises, pour l'occasion (voir → 🛡).
  En définitive, un certain nombre, néanmoins très restreint, de Présidents français "non pourvus", se sont vus attribuer des armoiries de circonstance quand ils ont été reçus chevaliers en Suède et/ou au Danemark pendant leurs mandats, ce qui pique maintenant notre curiosité. Vous avez déjà découvert le chêne-olivier des armes de François Mitterrand dans le registre de l'Ordre de l'Éléphant, dans le premier volet que je vous présenté (voir → ICI). Nous allons en découvrir deux autres parmi de nombreux chefs d'états, souverains et princes de toute origine.

🐘 Voici donc le deuxième volet consacré à l'armorial des chevaliers de l’Ordre de l’Éléphant, parmi ceux qui sont le plus mondialement célèbres, lesquels ont reçu cette distinction entre les années 1965 et 1979 (nous remontons progressivement dans le temps). C'est encore un choix personnel qui s'attache à montrer les plus belles armoiries, ou les plus surprenantes, entre autres celles de chefs d'états qui ne sont pas des monarchies. La présence d'un leader du régime communiste de l'après-guerre va certainement vous étonner. Ces pages proviennent de l'armorial royal : Elefantordenens Våbenbog tome III, 1878-1996.


Charles de Gaulle (1890-1970) , alors président de la République française, de 1959 à 1969
fait chevalier le 5 avril 1965 - armoiries peintes par Ronny Andersen  -
Elefantordenens Våbenbog tome III, page 222

Masahito, prince de Hitachi, second fils de l'empereur Hirohito (1901-1989) du Japon
et frère cadet de l'actuel empereur Akihito - fait chevalier le 28 septembre 1965 -
armoiries peintes par Franz Sedivy (signature en bas à droite) -
  signature en bas à gauche : Heinrich Knuth, secrétaire du Chapitre des Ordres royaux
à la cour du Danemark - Elefantordenens Våbenbog tome III, page 223

Baudouin Ier de Belgique (1930-1993), alors roi des Belges de 1951 à 1993 - fait chevalier
le 8 février 1966 -  armoiries peintes par Franz Sedivy - Elef. Våbenbog tome III, page 224

Giuseppe Saragat (1898-1988), alors président de la République italienne de 1964 à 1971
fait chevalier le 16 mai 1966 -  emblème national  la République italienne peint par Ronny Andersen
 Elef. Våbenbog tome III, page 225

Henri de Laborde de Monpezat, alors prince consort du Danemark et époux de la princesse
 héritière Margrethe de Danemark, future reine du Danemark à partir de 1972.
  fait chevalier le 10 juin 1967 -  armoiries peintes par Aage Wulff - Elef. Våbenbog tome III, page 226

 Albert de Belgique, alors prince de Belgique, frère cadet du roi Baudoin Ier et lui-même futur
Albert II, roi des Belges de 1993 à 2013, père de l'actuel roi Philippe.
 fait chevalier le 18 juin 1968 -  armoiries peintes par Aage Wulff - Elef. Våbenbog tome III, page 228

Asfaw Wossen Haïlé Sélassié (1916-1997), alors prince héritier d'Éthiopie, fils de l'Empereur Haïlé
 Sélassié Ier (1892-1975), prétendant au trône d'Éthiopie en exil après la révolution militaire socialiste
 de 1974 qui supprima la monarchie. Couronné empereur en exil en 1989 -
 fait chevalier le 15 janvier 1970 -  armoiries peintes par Aage Wulff (signature en bas à droite)
  signature en bas à gauche : E.A. Nielsen, nouveau secrétaire du Chapitre des Ordres royaux
à la cour du Danemark - Elefantordenens Våbenbog tome III, page 229

Gustav Heinemann (1899-1976), alors président de la République fédérale d'Allemagne
de 1969 à 1974 - fait chevalier le 2 juin 1970 -   armoiries  peintes par Aage Wulff
 Elef. Våbenbog tome III, page 230

Charles prince de Galles,  prince héritier du Royaume-Uni, fils aîné de la Reine Elizabeth II .
fait chevalier le 30 avril 1974 -  armoiries peintes par Aage Wulff -
 Elef. Våbenbog tome III, page 235

Josip Broz Tito (1892-1980), alias le "Maréchal Tito" alors Président de la République fédérative
 socialiste de Yougoslavie de 1953 à 1980 - fait chevalier le 23 octobre 1974 -
 armoiries de la R.F.S de Yougoslavie peintes par Aage Wulff -  Elef. Våbenbog tome III, page 236

Beatrix van Orange-Nassau, alors princesse héritière des Pays-Bas, avant de devenir reine
des Pays-Bas de  1980 à 2013, mère de l'actuel roi des Pays Bas, Willem-Alexander
faite chevalier le 29 octobre 1975 -  armoiries peintes par Aage Wulff -
 Elef. Våbenbog tome III, page 237

Claus von Amsberg (1926-2002), alors prince consort des Pays-Bas, époux de la princesse Beatrix
 avant de devenir roi consort des Pays-Bas de 1980 à 2002, père de l'actuel roi des Pays Bas
 Willem-Alexander - fait chevalier le 29 octobre 1975 -  armoiries peintes par Aage Wulff -
 Elef. Våbenbog tome III, page 238

Jean de Luxembourg (Nassau) , alors grand-duc de Luxembourg, de 1964 à 2000,
père de l'actuel grand-duc Henri - fait chevalier le 22 novembre 1976
  armoiries peintes par Aage Wulff - Elef. Våbenbog tome III, page 239

Joséphine-Charlotte de Belgique, alors grande-duchesse de Luxembourg, de 1964 à 2000  -
épouse du grand-duc Jean et mère de l'actuel grand-duc Henri - faite chevalier le 22 novembre 1976
  armoiries peintes par Aage Wulff - Elef. Våbenbog tome III, page 240

Valéry Giscard d'Estaing , alors président de la République française de 1974 à 1981
fait chevalier le 12 octobre 1978 - armoiries peintes par Aage Wulff  -
Elef. Våbenbog tome III, page 242

Rudolf Kirchschläger (1915-2000), alors président fédéral de la République d'Autriche de 1974 à 1986
fait chevalier le 3 avril 1979 -   armoiries nationales de l'Autriche  peintes par Ronny Andersen
 Elef. Våbenbog tome III, page 243



🐘 A bientôt pour la suite de la découverte de nouvelles belles armoiries ....




👑 Vous pouvez donc feuilleter tous les armoriaux numérisés actuellement mis à disposition par la Cour royale du Danemark sur le site officiel → ICI

○ Je tiens à remercier chaleureusement M. Ronny Andersen, peintre et héraldiste de la Cour du Danemark qui m'a gentiment autorisé à publier des extraits de ces merveilleux armoriaux, et qui a répondu fort aimablement à mes questions au sujet des signatures apposées en bas des feuillets.
Vous pouvez admirer par ailleurs son travail sur son site personnel :
- www.arsheraldica.dk/  ( langues : DAN / DE / ENG)



                   Herald Dick


dimanche 23 avril 2017

Top 10 des plus grandes villes de Serbie avec leurs blasons

Voici un nouveau volet à cette série consacrée à la découverte de l’héraldique civique, à travers divers pays du Monde. Le principe du "Top xx" très répandu dans les médias et sur Internet, pour recenser ce qui est le plus remarquable dans un domaine particulier est ici adapté à cette thématique. Il nous permettra de découvrir ou réviser la géographie d'un pays choisi de manière aléatoire et dans le même temps de s'intéresser à sa diversité en matière de blasons et emblèmes municipaux.


  Nous restons en Europe, à la rencontre d'un pays qui fait la jonction entre l'Europe centrale et les Balkans : la Serbie.



  Voici donc les 10 plus grandes villes en terme de population, en-dehors des grosses aires urbaines, mais aussi indépendamment des communes administratives du même nom, qui regroupent plusieurs villes et localités ensemble (chiffres : 2011).
 Je précise aussi, comme le montre la carte officielle ci-dessus, que l'indépendance du Kosovo ayant été reconnue en 2008 par la plupart des pays d'Europe occidentale, dont la France, et ce malgré la position du gouvernement serbe qui refuse cette séparation, je n'ai pas inclus la ville de Pristina, capitale du Kosovo, qui serait sinon la cinquième ville dans ce classement.

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1 - BELGRADE / Beograd / Београд

capitale de la République de Serbie, et chef-lieu du district de la Ville de Belgrade (Град Београд/Grad Beograd) - 1 344 840 habitants


ancienneté des armoiries avec cette composition : 1931

Cette ville a fait l'objet d'un article plus détaillé dans la série des capitales → ICI



2 - NOVI SAD / Нови Сад

- anciens noms : Neusatz / Újvidék (Autriche; Autriche-Hongrie, 1699-1918)
- capitale de la province autonome de Voïvodine (Војводина/Vojvodina) et chef-lieu du district de Bačka méridionale (Јужнобачки округ/Južnobački okrug) - 286 160 habitants



ancienneté des armoiries : 1748





3 - NIŠ / Ниш

chef-lieu du district de Nišava (Нишавски округ/Nišavski okrug) - 202 210 habitants



ancienneté des armoiries : 1996



4 - KRAGUJEVAC / Крагујевац

chef-lieu du district de Šumadija (Шумадијски округ/Šumadijski okrug) - 150 835 habitants


ancienneté des armoiries : 1996

Cette ville a été citée dans un article sur les symboles de la mythologie et de l'Antiquité → ICI



5 - LESKOVAC / Лесковац

- ancien nom : Dubročica
- chef-lieu du district de Jablanica (Јабланички округ/Jablanički okrug) - 110 240 habitants



ancienneté des armoiries : 2005




6 - SUBOTICA / Суботица

- anciens noms :  Maria-Theresienstadt, Maria-Theresiopolis ou Maria-Theresiopel / Szabadka (Autriche; Autriche-Hongrie, 1699-1918)
- ville de la province autonome de Voïvodine (Војводина/Vojvodina) - chef-lieu du district de Bačka septentrionale (Севернобачки округ/Severnobački okrug) - 105 680 habitants


ancienneté des armoiries : 1779



7 - ZRENJANIN / Зрењанин

 - anciens noms : Großbetschkerek / Nagybecskerek (Autriche; Autriche-Hongrie, 1718-1918), Bečkerek / Veliki Bečkerek (royaume des Serbes, Croates et Slovènes 1918-1929; Yougoslavie 1929-1945)
- ville de la province autonome de Voïvodine (Војводина/Vojvodina) - chef-lieu du district du Banat central (Средњебанатски округ/Srednjebanatski okrug) - 76 510 habitants


ancienneté des armoiries : 1769



8 - PANČEVO / Панчево

- anciens noms : Pantschowa / Pancsova  (Autriche; Autriche-Hongrie, 1718-1918)
- ville de la province autonome de Voïvodine (Војводина/Vojvodina) - chef-lieu du district du Banat méridional (Јужнобанатски округ/Južnobanatski okrug) - 76 200 habitants


ancienneté des armoiries : 1881




9 - ČAČAK / Чачак

chef-lieu du district de Moravica (Моравички округ/Moravički okrug) - 73 330 habitants



ancienneté des armoiries :  ?



10 - KRALJEVO / Краљево

- anciens noms :  Rudo Polje, Karanovac, Rankovićevo (avant 1882)
- chef-lieu du district de Raška (Рашки округ/Raški okrug) - 64 175 habitants



ancienneté des armoiries : 1997




• On peut constater dans un premier temps que les dates d'adoption des armoiries sont pour certaines très récentes et en particulier celles des villes des parties centrale et méridionale de la Serbie et qui correspondent grosso-modo aux contours historiques de l'ancien royaume de Serbie, avant la Première Guerre mondiale, mais sans le Kosovo et la Macédoine slave.
"Blason" communiste de la ville de Kragujevac
  C'est du reste une particularité commune à la plupart des pays de la péninsule balkanique où l'héraldique civique est arrivée tardivement, après la chute progressive des blocs communistes à partir de 1990, puis le renouveau des nationalismes qui a suivi, entraînant les graves conflits lors de l'éclatement de "l'ex-Yougoslavie" avec le redécoupage des frontières, fragile et toujours sujet à des embrouilles inter-ethniques et inter-nationales. 
  Néanmoins il n'y avait pas pour autant le néant total auparavant, car quelques grandes cités de l'ex-Yougoslavie communiste arboraient des emblèmes non héraldiques, comme celui reproduit à droite. Certaines les ont même gardé.

• Plus au nord du pays, au-delà de la limite du Danube et de son affluent la Save, s’étend un territoire appelé aujourd'hui  "province autonome de Voïvodine", qui a voté son rattachement à la Serbie après l'armistice du 11 novembre 1918. En effet, pendant plusieurs siècles auparavant, cette province, à forte majorité ethnique serbe à l'ouest, hongroise au nord-est, fut sous la domination des Habsbourg d'Autriche, mais aussi plus tard une possession du royaume de Hongrie, et enfin de l'Empire Austro-Hongrois jusqu'en 1918, avec comme noms de régions : le Banat et la Bačka.
Grandes armoiries de la ville de Niš avec deux personnages
historiques qui ont marqué l'histoire de la ville  comme supports
et porte-bannières : à dextre :  Stevan Sinđelić (1770-1809)
 patriote serbe qui a dirigé la première révolte contre l'occupant
ottoman et qui tient la bannière aux couleurs de la Serbie,
et à senestre l'Empereur romain Constantin le Grand (272-337),
natif de Niš (jadis : Mésie) tenant une bannière pourpre avec
une aigle impériale bicéphale préfigurant l'emblème de l'Empire
byzantin. Le monogramme ( chrisme) au-dessus de la couronne
murale qui caractérise symboliquement Jésus-Christ  fut porté
la première fois sur les étendards de Constantin, premier empereur
 romain converti au christianisme, qui le porta comme protection
divine dans une bataille contre son rival de Rome :  Maxence.
 Cette colonisation austro-hongroise a donc fourni, avec l'attribution des chartes royales aux grandes villes de cette province, un certain nombre d'armoiries (voir les villes n° 2, 6, 8).
 Durant la période communiste de la Fédération de Yougoslavie , de 1945 à 1990, toutes ces images de l'ancien régime ont été bannies et remplacées par d'autres symboles plus appropriés à la doctrine socialiste.
 Mais depuis la chute du Mur de Berlin, la plupart des armoiries historiques ont été réadoptées et modernisées, avec si besoin, l'assentiment et l'aide d'un organisme d'état créé en 1991 : la Société d'Héraldique serbe (Српско хералдичко друштво Бели орао). 
• Cette intéressante institution, à la manière du College of Arms britannique, s'attache à faire respecter les principes et les règles fondamentales de l'héraldique, promouvoir un dessin artistique de grande qualité, à toutes les demandes de création, qu'elles soient d'origines institutionnelles, étatiques, territoriales, corporatives ou familiales. Du reste dans cet esprit de normalisation, les villes qui adhèrent au principe de la charte héraldique pour leur communication, se voient proposer plusieurs niveaux d'armoiries : les petites (écus simples sans ornements, comme celles que je vous ai proposées dans ce top 10), les moyennes , avec au minimum une couronne civique (murale) ou autre, un listel et quelques légers supports végétaux... et enfin les grandes armoiries  où sont rajoutés le maximum d'ornements : cimiers, supports, tenants, soutiens, terrasses, bannières aux couleurs des entités administratives, devises, etc... On y peut rajouter aussi les drapeaux et bannières municipales, très souvent ornés d'armoiries.  Le résultat est assez fantastique, à l'image de nombreux pays de l'Europe de l'est qui ont redonné à l'héraldique civique, mais pas uniquement, un nouveau souffle qui ne peut que réchauffer le cœur des amateurs que nous sommes, en nous sortant des vieux armoriaux poussiéreux pour admirer de belles créations qui ont le mérite d'être réellement exposées au public et non pas gardées dans un tiroir.

Croix serbe
 • Retour à notre Top 10 : parmi les symboles historiques et patriotiques, au premier rang arrive la "Croix serbe" (armes de la Serbie, villes n° 4 et 9). La Croix serbe est directement inspirée de la Croix byzantine : les souverains serbes se considéraient comme les "enfants de l'empire romain d'orient". Les lettres grecques stylisées β (Bêta), représentant la devise impériale en grec :  Βασιλεὺς Βασιλέων Βασιλεύων Βασιλευόντων  translittéré en 'Basileus Basileon Basileuon Basileusin' en français : "Roi des rois, régnant sur des rois". Le « Roi » étant Jésus-Christ. Il existe d'autres interprétations des quatre lettres, comme assimilées à la lettre C de l'alphabet cyrillique serbe, ce seraient les initiales "S" pour "Само Слога Србина Спасава" en serbe latin 'Samo Sloga Srbina Spasava', qui se traduit en français par :  "Seule l'union sauve les Serbes".
• La hure de sanglier transpercée d'une flèche (ville n°4), qui représentait le peuple antique des "Triballes" puis la Serbie médiévale dans les armoriaux anciens, est un symbole identitaire récupéré par les patriotes serbes en lutte contre l'occupation du pays par l'Empire ottoman, entre 1804 et 1813. Il est très courant dans l'héraldique civique serbe.

• L'aigle bicéphale rouge sur l'écusson de la ville n°5 rappelle le moment historique où en 1163, Stefan Nemanja (fondateur de la dynastie des rois serbes Nemanjić) reçut en fief la ville et les terres de Dubročica (future Leskovac) de la main de l'empereur byzantin Manuel Ier Comnène et le titre de župan (équivalent à celui de seigneur). L'aigle rouge est le symbole des despotes (un autre titre aristocratique byzantin). L'aigle bicéphale deviendra avec les couleurs inversées : argent sur champ de gueules, l'emblème des Nemanjić (voir les armes actuelles de la Serbie et de la ville n° 3).

• Le blason de la ville n° 10, avec ses sept couronnes, fait référence aux sept rois de la Serbie médiévale (dynastie Nemanjić) couronnés au monastère de Žiča, et le nom de Kraljevo signifie par ailleurs "la ville des rois".

• Au titre des symboles religieux : deux blasons méritent qu'on s'y arrête:
anciennes armes de Maria-Theresiopolis (Subotica)
  datant de 1779, période habsbourgeoise de la ville
-  La ville n° 6 montre dans le quartier supérieur à dextre une Vierge à l'Enfant assise sur une nuée d’argent et nimbée d'une grande auréole rayonnante d'or, et à senestre une représentation de Sainte Thérèse en habits de carmélite, elle aussi nimbée d'une auréole rayonnante d'or plus petite et désignant du doigt l'apparition de la Vierge Marie en face d'elle. Il s'agit en fait d'armes parlantes ! En effet en 1779, l'impératrice d'Autriche Marie-Thérèse (1717-1780) dota la ville du statut de "ville libre royale" ; en remerciement, les habitants de Subotica donnèrent à leur ville le nom de Maria-Theresiopolis ou en allemand Maria-Theresienstadt, la ville de Marie-Thérèse.
  Le quartier inférieur "de gueules au lion d'or brandissant un sabre d'argent" est aux armes de l'ancienne province du Banat autrichien.



- Le blason de la ville n°7 est à lui seul une image religieuse, une icône. Comme précédemment, c'est l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche qui a donné son statut de ville de marché à Veliki Bečkerek (Gross Betschkerek) comme elle s'appelait à l'époque, ainsi que sceaux et armoiries. La scène représente la Dormition de la Vierge. Celle-ci est étendue dans son sarcophage, sur un dallage de gueules, encadré de deux chandeliers allumés d'or et entourée des apôtres, tous d'argent et nimbés d'or. Au-dessus elle est représentée montant dans le ciel d'azur, nimbée d'or, sur une nuée d'argent et accompagnée de deux chérubins brochant sur des rayons d'or. La fête de la Dormition est la plus importante des fêtes de la Vierge Marie, et c'est elle qui clôt l'année liturgique du rite byzantin.
• Pour finir avec cette ville n°7, le nom actuel de Zrenjanin, lui a été donné en 1946, en l'honneur de Žarko Zrenjanin Uča (1902-1942), qui fut le chef des Partisans communistes de Voïvodine pendant la Seconde Guerre mondiale. Torturé et incarcéré par les nazis, il fut tué en tentant de leur échapper.

• Pour la capitale, Belgrade, et concernant l'historique des ses armoiries je vous invite à revoir les deux sujets spéciaux que j'avais réalisé en 2015 → ICI et  ICI



Si vous désirez en savoir plus sur le pays : la Serbie et ses emblèmes, c'est → ICI

A bientôt, pour un nouveau pays ... → ICI


Et pour revoir le pays précédent ...  → ICI





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lundi 17 avril 2017

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Bretagne - la sénéchaussée de Nantes

S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier ! Voir la description initiale : →

  Nous poursuivons avec la découverte du "livre" (c'est l'appellation donnée à une section d'un manuscrit, qui est lui-même divisé en chapitres) consacré au Gouvernement de Bretagne. Après le premier chapitre consacré aux pays de Rennes et de Saint-Malo qui correspondait grosso modo au département actuel de l'Ille-et-Vilaine augmenté d'un morceau du Morbihan, nous allons nous diriger vers le pays de Nantes.  En effet notre deuxième chapitre va explorer les principales villes de la sénéchaussée de Nantes, dont le contour géographique correspond exactement au département actuel de la Loire-Atlantique auquel on ajoutera au nord le petit territoire bordant la rive gauche du fleuve "la Vilaine", jusqu'à son embouchure. Ce petit pays autour de la Roche-Bernard, est rattaché au département du Morbihan, depuis la création de ceux-ci en 1790.


     Revenir à l'épisode précédent →




Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un an, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir 

 





 Les fragments de manuscrits proviennent encore du Volume I. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France*  (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

  (*)  Armorial Général de France -   volume VIII  -  Bretagne 1ère partie  
         Armorial Général de France -   volume IX  -  Bretagne 2e partie  (BNF Paris)


Nantes (Loire-Atlantique)
  Le blason de la ville de Nantes, comme beaucoup d'autres, provient des premiers sceaux utilisés par la cité depuis le XIVe siècle ( voir → ICI). On pourra admirer la finesse du trait et le goût du détail dans le dessin de La Planche, concernant cette belle frégate du XVIIe siècle: les haubans, les vergues, les postes de vigie, les sabords, la dunette du gaillard arrière, avec le drapeau royal, et même le gouvernail : tout y est !



Châteaubriant (Loire-Atlantique)

  Les armoiries proposées par le père de La Planche (de gueules semé de fleurs de lis d'or) sont celles de la famille de Châteaubriant, d'ancienne chevalerie, concédées par Saint Louis. Elles figurent toujours en écusson au cœur du blason actuel de la ville.
 Celles enregistrées dans l'Armorial Général de France appartiennent à la maison de Condé qui a reçu la baronnie de Châteaubriant, par l'intervention du roi Louis XIII, qui avait confisqué tous les biens de Henri II de Montmorency, précédent titulaire, condamné et exécuté, pour avoir conspiré contre le cardinal de Richelieu et contre la couronne de France. Nous retrouvons les armes des Condé à dextre, à côté de celles de Bretagne dans le blason actuel.




Ancenis (Loire-Atlantique)


Le blason de la ville d'Ancenis, relève des armoiries de l'ancienne maison d'Ancenis, barons d'Ancenis au Moyen-âge, et dont le nom s'éteint à la fin du XIVe siècle.




Clisson (Loire-Atlantique)

 La famille de Clisson (de gueules au lion d'argent armé, lampassé et couronné d'or) était, avec celles des Rohan et des Laval, une des maisons nobles les plus puissantes du duché de Bretagne au Moyen Âge. Elle doit son nom aux fief constitué autour de la cité de Clisson et de son énorme forteresse. La Planche a donné à la ville le blason seigneurial mais sans couronne et sans griffes ni langue d'or. Charles d'Hozier,n'a pas donné d'armoiries à la ville mais nous avons celles d'un représentant de la famille de l'époque. Plus tard la municipalité a finalement adopté les armes pleines de la maison éponyme.




Guérande (Loire-Atlantique)

 Le blason actuel de Guérande, qui n'est pas "d'hermine plain", contrairement aux apparences, mais "d'argent à quinze mouchetures d'hermine, ordonnées 5, 4, 3, 2 et 1", a été rétabli par lettres patentes du 11 décembre 1829, sous le règne du roi Charles X.
  Rétabli, de l'ancien régime, avant la Révolution, mais comment était-il avant ? Les manuscrits que nous avons ici ne nous aident pas beaucoup. D'où viennent ces anciennes armes ? je n'ai pas trouvé d'information . Les armes "de gueules à deux lions passant d'argent, l'un sur l'autre" correspondent aux anciennes maisons de l'Isle-Bouchard, venant de Touraine, ou bien de La Guerche (de Bretagne), mais sans avoir pu établir un lien avec la cité de Guérande. Je n'ai pas trouvé non plus de traces de ces marquis de Guérande, mis à part dans la fiction, avec le film de Jean-Paul Rappeneau : Les Mariés de l'an II (1970), avec un rôle interprété par Sami Frey.





Machecoul (Loire-Atlantique)

  Ici encore, les armes de la cité découlent de l'histoire du lieu, de son château, et de ses anciens seigneurs. Et il y a en a eu beaucoup qui se sont succédé, les plus célèbres ayant été de la maison de Retz (ou Rais : d'or à la croix de sable). Toutefois, c'est un personnage historique bien précis qui a laissé son blason à la ville:  Olivier de Dreux dit " Olivier de Braine " seigneur de Machecoul (1231-1279), avec un écu "d'argent à trois chevrons de gueules". Notre auteur du manuscrit nous le présente avec les émaux inversés.



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  D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte, mais sans blason ni mention s'y rapportant :  Abbaye de Buzay (à Rouans, détruite), Bourgneuf (-en-Retz), Abbaye de Pornic (à Sainte-Marie-sur-Mer, commune de Pornic, disparueAbbaye de Geneston (à Geneston, partiellement détruite), La Roche-Bernard, Pont-Château, Abbaye de Blanche-Couronne (à La Chapelle-Launay), Abbaye de Saint-Gildas-aux-Bois (à Saint-Gildas-des-Bois).

 # cependant, quelques années plus tard, certains de ces lieux (en gras, ci-dessus) ont été enregistrés et blasonnés dans l'Armorial Général de France. Pour certains établissement monastiques, leur blason s'est retrouvé transféré au cours du XXe siècle à la commune sur laquelle ils était localisés, pour un temps seulement à Saint-Gildas-des-Bois avant un récent changement.   


Sainte-Marie-sur-Mer,
 ancienne commune rattachée
 à celle de Pornic
 (Loire-Atlantique)

Geneston, commune
 (Loire-Atlantique)


La Roche-Bernard, commune
 (Morbihan)


Saint-Gildas-des-Bois, commune (Loire-Atlantique),
ancien et actuel blason

 A bientôt pour une nouvelle série ...→ ICI


Crédits :
les blasons "modernes" sont empruntés  à : armorialdefrance.fr/
et pour certains à :  www.ngw.nl/


  Et je remercie particulièrement les personnes responsables de la Bibliothèque et des Archives du Musée du Château de Chantilly : www.bibliotheque-conde.fr/


             Herald Dick  
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